Fausto Costantino

le parcours d’un combattant


Après s’être forgé une solide réputation de boxeur sur les rings européens dans les années 1970, Fausto Costantino a choisi de transmettre son expérience et son savoir-faire aux nouvelles générations. De la boxe au cinéma, en passant par le catch et la création du Studio Jenny, retour sur le parcours hors du commun d’un homme qui n’a jamais cessé de se battre.


Fausto Costantino

Une vie guidée par le combat

Fausto Costantino en a encaissé, des coups. La joue contre le tapis, il a lui aussi entendu l’arbitre commencer le décompte : quatre, cinq, six, sept…Mais l’essentiel a toujours été de savoir se relever, d’apprendre à encaisser, à esquiver, puis à placer à son tour les crochets et les swings qui font la différence. Poings contre poings, avec un seul objectif : gagner.Cette émotion si particulière, l’ancien boxeur la ressent encore lorsqu’il ouvre la porte de son « petit cabanon », installé au fond de son jardin. Dans ce lieu chargé de souvenirs trône un ancien ring de l’Élysée-Montmartre, acheté au célèbre catcheur Roger Delaporte et entièrement restauré par Fausto lui-même. Autour, les affiches de combats racontent plusieurs décennies de passion.Même après avoir quitté la compétition, Fausto Costantino est resté dans le milieu. Il a continué à se battre, cette fois pour promouvoir la boxe et redonner au catch la place qu’il mérite.

Il crée notamment un club de boxe affilié à la Fédération française de boxe à Mignères, dans le Loiret. Son fils Fabio, instructeur, prévôt fédéral et titulaire d’un brevet d’État de boxe, poursuit ensuite cette transmission en fondant une école de boxe à Nanterre.Fausto fonde également l’Association Les Professionnels du Catch, plus connue aujourd’hui sous le nom d’APC Catch. Une aventure née de sa passion et de sa volonté de faire vivre le catch en France, en formant de nouvelles générations et en organisant des spectacles à Nanterre.Il en rêvait, il l’a fait. Pourtant, Fausto Costantino n’a jamais été du genre à s’arrêter là. De l’énergie, de la volonté et de l’ambition, il en a toujours eu à revendre.

Gerard Depardieux et Fausto Costantino

De l’Italie à la Bourgogne

À la fin des années 1950, la famille Costantino quitte la ville d’Albanella, dans le sud de l’Italie, non loin des temples de Paestum, pour tenter sa chance en France.Fausto a neuf ans lorsqu’il arrive dans le petit village de Recey-sur-Ource, en Bourgogne.

L’installation est modeste et le quotidien rythmé par le travail. Le soir, toute la famille se retrouve autour d’un poste de télévision en noir et blanc, acheté grâce aux économies durement gagnées.C’est devant ce petit écran que Fausto découvre le catch.« À l’époque, il n’y avait qu’une seule chaîne. Tout le pays avait les yeux rivés sur le même programme. C’est comme cela que j’ai découvert le catch, qui connaissait alors un immense succès. »Comme beaucoup d’enfants de sa génération, Fausto s’endort en rêvant de combats et de KO. Jusqu’au jour où il décide de passer à l’action en s’inscrivant à des cours de lutte gréco-romaine et de lutte libre dans un village voisin.« Nous n’avions pas vraiment le choix. Nous pratiquions le sport proposé dans notre village ou dans les communes voisines. J’avais quatorze ans. Tous les soirs, je parcourais dix-sept kilomètres à mobylette pour aller m’entraîner. Je traversais les bois, sous la chaleur, la pluie ou la neige. Et je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû réparer mon vélomoteur tombé en panne ! »

En moins de trois ans, le jeune homme remporte de nombreuses compétitions et atteint rapidement le niveau national.

Fausto Costantino

Des chantiers aux rings européens

En parallèle du sport, Fausto exerce plusieurs métiers : tailleur de pierre, maçon ou encore chauffeur de poids lourd.À vingt ans, il rejoint Paris et devient conducteur d’engins. Il participe notamment à la construction de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle.Mais sa passion pour la compétition ne le quitte jamais. Il organise alors son quotidien autour d’un rythme particulièrement exigeant : footing le matin, dix heures de travail sur les chantiers de terrassement pendant la journée, puis entraînement le soir au Red Star Olympique Audonien, prestigieux club de boxe de Saint-Ouen.Six mois seulement après son inscription, Fausto dispute ses premiers championnats. Il poursuit ensuite sa carrière pendant près de dix ans, d’abord comme boxeur amateur, puis comme professionnel.Il combat en France et parcourt l’Europe : Belgique, Danemark, Allemagne, Italie, Espagne et Pays-Bas. Il se rend également jusqu’en Nouvelle-Calédonie.Son dernier combat a lieu en 1981, à Utrecht, aux Pays-Bas.

De la boxe au cinéma

Le sport lui ouvre également les portes du cinéma.Lorsque la Fédération française de boxe lui délivre son statut de boxeur professionnel, Fausto commence à être sollicité par le milieu de la publicité et du cinéma.Afin de poursuivre sa carrière sportive, il quitte son travail de conducteur d’engins. Il assure alors la sécurité de personnalités comme Richard Gere ou Arielle Dombasle sur différents tournages.Son physique de boxeur attire également les grandes marques. À la fin des années 1970, il apparaît dans plusieurs publicités, notamment pour Gervais, Danette et Canada Dry.Fausto décroche aussi de petits rôles dans de nombreux téléfilms et séries, parmi lesquels Les Brigades du Tigre, L’Étalon noir et Commissaire Moulin.

Il participe également à des émissions de Karl Zéro et apparaît dans plusieurs longs-métrages, notamment Nikita.En 1977, il joue dans Gloria, réalisé par Claude Autant-Lara. En 1980, il apparaît aux côtés de Gérard Depardieu dans Rosy la Bourrasque de Mario Monicelli.Les tournages s’enchaînent. En 1981, il côtoie Isabelle Adjani, Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte dans Clara et les Chics Types de Jacques Monnet.

Il tourne également avec Jean-Paul Belmondo dans L’As des as de Gérard Oury.Il apparaît ensuite aux côtés de Lino Ventura, lui-même ancien catcheur, Jean Carmet et Michel Bouquet dans Les Misérables de Robert Hossein, puis avec Bernard Giraudeau et Jean-Pierre Kalfon dans Rue barbare de Gilles Béhat.

Une expérience en zone de guerre

En 1984, Fausto Costantino participe également à un reportage réalisé au Cambodge pour une chaîne de télévision américaine.Il se rend alors dans une zone de guerre contrôlée par les Khmers rouges, une expérience aussi exceptionnelle que dangereuse, qui vient enrichir un parcours déjà hors norme.

le studio jenny

Le Studio Jenny, détruit puis reconstruit

L’ennui est un mot que Fausto Costantino ne connaît pas.Intermittent du spectacle pendant plus de vingt ans et titulaire d’une licence d’entrepreneur de spectacles, il poursuit son parcours dans le cinéma tout en s’investissant pleinement dans le développement du catch.Mais le 29 mars 1994, une terrible explosion survient dans la chaufferie Climadef et détruit totalement les studios de cinéma du Studio Jenny, dont la construction venait à peine de s’achever avenue Jenny, à Nanterre.« En attendant le remboursement des assurances, nous avons vécu pendant deux ans dans un petit camion aménagé, face aux studios en ruine. Nous nous sommes battus pour repartir de zéro. »Une fois encore, Fausto et sa famille refusent d’abandonner. Ils reconstruisent le Studio Jenny, qui deviendra par la suite un lieu emblématique du catch français et la maison de l’APC Catch.

Toujours avancer

Les difficultés de la vie n’ont jamais effrayé Fausto Costantino. Il les a toujours affrontées avec la même force et la même détermination que celles qui le poussaient autrefois à gagner sur un ring.De l’Italie à la France, de la lutte à la boxe professionnelle, des plateaux de cinéma à la création du Studio Jenny et de l’APC Catch, son histoire est celle d’un homme passionné, travailleur et profondément combatif.Un homme capable de tomber, de se relever et de repartir, encore et toujours, vers de nouveaux projets.


Texte adapté et actualisé à partir d’un article initialement paru dans Nanterre Info.